Il était une fois une jeune fille qui adorait la vie. Tout l’émerveillait et l’allumait. Toujours prête à vivre une nouvelle aventure, rien ne pouvait l’arrêter. Sa mère s’amusait à dire qu’elle était « le chat sauvage » de la chanson de Marjo… En fait, elle connaissait bien sa fille. Voici quelques extraits qui montrent bien l’ensemble du portrait de cette jeune fille : « On n’apprivoise pas les chats sauvages. Pas plus qu’on met en cage les oiseaux de la Terre. Faut les laisser aller toujours sans chercher à comprendre. Ils marchent seuls et n’ont qu’un seul langage : celui de l’amour, celui de la vie… »

Dès l’âge de 12 ans, elle était prête à voler de ses propres ailes et rêvait de partir apprendre l’anglais dans une province voisine. Son père la trouvait trop jeune et lui a dit d’attendre après son secondaire V.
La déception qu’elle ressentie à ce moment était indescriptible, mais bon. Fallait bien vivre avec la réalité.

À l’âge de 15 ans, elle tomba en amour. Oh la la, elle savait qu’elle avait rencontré l’homme de sa vie. Elle passait des heures à rire, à parler et à faire des activités avec son amoureux. Croyez-le ou non, 5 mois plus tard, elle partait vivre en appartement avec lui… Ses parents avaient accepté de la laisser partir car ils voulaient que leur fille soit heureuse. Ils avaient compris que RIEN ne pouvait l’arrêter lorsqu’elle avait une idée en tête…

À 21 ans, elle maria son amoureux qu’elle avait elle-même demandé en mariage. C’était le 22 mai 1993. Elle était à sa deuxième année d’Université. Évidemment, cette jeune amoureuse de la vie avait toujours un projet en tête. Tout était planifié dans les moindres détails. Pas question de perdre une seule minute, pas même une seule seconde dans la vie. On aurait dit qu’elle aimait tant la vie, que sa crainte de manquer de temps était toujours constante. Elle n’avait pas prévu être mise au repos à partir de la 28 semaines de grossesse. Elle terminait sa dernière session à l’Université à la fin avril 1994. Et voilà que le bébé, probablement aussi paquet de nerfs que sa mère, voulait se pointer le bout du nez AVANT la date d’accouchement prévue le 15 juin 1994. Encore une fois, son sens de l’organisation exagérée lui avait sauvé la vie. Ben oui! Elle avait peinturé la chambre du bébé AVANT même de tomber enceinte. Une calipette de chance. Ha ha ha… De plus, étant assidue à ses travaux scolaires, tout était déjà complété alors même si elle a dû arrêter l’Université trois semaines avant la fin de son programme, elle a pu prendre des ententes avec ses profs. Ouf! Elle l’avait échappé belle. Elle donnait naissance à sa mignonne petite fille le 25 mai 1994 après bien des semaines de stress intense…

Je pourrais vous raconter une foule d’anecdotes de la vie de cette jeune bohémienne animée par les connexions humaines. Partout où elle passait, elle voyait du bon et du bien. Plusieurs la trouvait bien naïve de croire en la bonté des gens à ce point. Quoi qu’il en soit, elle s’en foutait. Elle faisait toujours ce qui lui plaisait en semant des graines d’amour sur son passage. Intuitive, elle savait discerner le bien du mal, mais surtout, elle pouvait comprendre la douleur des gens qu’elle croisait…

Tristement, cette amoureuse de la vie perdit un jour le goût de vivre. Hypersensible, elle semblait ressentir les émotions négatives de tous ceux qui l’entouraient. Devenue enseignante, elle voulait sauver le monde! Elle voulait tant faire la différence dans la vie de tous les enfants SANS exception. Des collègues lui conseillèrent de choisir ses batailles. Elle refusa. Pas question pour elle de choisir entre le fort ou le faible. Tous les enfants avaient droit au même traitement d’amour, d’apprentissage, de compréhension et d’attention. Écoutant son cœur, elle se libéra de ses chaînes en remettant sa démission malgré le plan de pension, le salaire de 92 000$ par année, les bénéfices… si on peut appeler ça ainsi!! Elle aurait pu continuer, le cœur malheureux mais elle ne pouvait s’y résigner. De toute façon, son cœur saignait si abondamment, qu’elle n’avait plus aucune énergie…

Son corps lui avait parlé et elle n’avait pas su l’écouter. Sommes-nous étonnés? Absolument pas. Toujours aussi têtue et déterminée, rien ne pouvait l’arrêter sauf… la maladie. Diagnostic : Dépression majeure et épuisement professionnel. Elle ne pouvait y croire. Dieu qu’elle a eu du mal à l’accepter… Elle eut toutefois la brillante idée de prendre du recul, de faire une belle introspection et de remettre les pendules à l’heure. Elle en avait assez de courir sans jamais s’arrêter. Cette épreuve fut le plus beau cadeau de sa vie. Elle compris ENFIN que les barrières dont elle se sentait si prisonnière avait été bâtie par elle-même. Oui, oui! Personne ne lui avait imposées à part elle-même. Quelle révélation! Elle avait omis de se respecter au même titre qu’elle savait si bien le faire envers les autres. Le plaisir n’avait plus de place dans sa vie; seul le travail et les responsabilités familiales avaient de l’importance…

Aujourd’hui, elle a fait un revirement total. Elle a quitté son emploi, a quitté l’Alberta et est déménagée au Québec. Elle vit dans un chalet près de l’eau avec son mari et ses deux grandes filles de 19 et 21 ans. Elle se connecte à l’essentiel avec ses cinq sens… et même son sixième… Sans télévision et sans eau, elle réalise un rêve d’enfance : vivre comme dans l’ancien temps. Chaque matin, elle prend plaisir à remplir ses chaudières d’eau, à faire bouillir pour laver sa vaisselle et commencer sa journée. Ses chiens : Angel, Channelle, Timide et Pouka, la suive fidèlement partout où elle marche dans le bois. Ils semblent apprécier autant qu’elle les heures passées auprès du lac et du feu. Ils ont enfin toute son attention et sa présence d’esprit car leur maîtresse s’est libérée le cerveau de tout le stress qui l’affligeait depuis une dizaine d’années. Tout est simplicité, tendresse et bonheur au fond de son cœur.

Vous aurez sans doute compris qu’elle est devenue ma meilleure amie; trop longtemps enfouie dans le tréfond de mon âme… Aujoud’hui, je NOUS accorde une place de choix car la petite fille, c’est MOI.

 

Josée Millaire ou La plume solitaire

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